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Folk Off
Sur la terre fermeMoi je suis né dans un quartier dans l’est, au bord des pétroliers. Des raffinés, y’en avait pas beaucoup. J’allais avec mon père m’acheter des souliers chez Pitt car il m’avait bien dit que là où tu habites, les souliers trop chers, c’est pas une bonne affaire, tu te les feras piquer au galerie d’anjou avec un couteau planté dans la joue -tu me comprends?- fais que j’ai fait mon temps. À la récréation, je faisais rire de moi, mais je ne revenais jamais nu pied de l’arcade. J’ai durci ma façade sachant que j’étais pas à ma place avec ma paire de godasses. Sur la terre ferme, ferme ta yeule Sur la terre ferme, ferme ta yeule J’ai pas vieilli vite mais j’ai vieilli quand même. Toujours prèt pour m’insérer dans des problèmes que j’avais même créé. Faire chier tout le monde c’est réellement devenu ma tasse de thé. Avec mon casier je m’étais fait un local : j’vendais des fleurs du mal à quinze piasses le pétal. Mes chums dans mon cartier se sont mis à porter des tuques pis des jambières en plein été, même à engraisser. Ils me faisaient des yo pis des motherfuckers avec des coats qui ont des lignes blanches sur les côtés. Qu’est-ce tu veux que j’fasse ? J’ai vite senti que j’étais pas à ma place avec ma chemise de chasse. Sur la terre ferme, ferme ta yeule Sur la terre ferme, ferme ta yeule Je me suis pas fait chier. À la première occasion de me payer un avion, je me suis acheté un billet avec mes dernières cennes. J’ai même vendu ma guitare sans que ça me fasse de la peine. Tsé quand tu prends ton kick à te dépayser. Même un bout en Afrique avec c’qui m’restait d’fric, j’me suis acheté une bite de hash en dynamite pour montrer à mes chums. Mais quand je suis revenu, ils étaient dans la rue, ils maigrissaient tous nus à chauffer des cuillères remplies de stuff qui faisait des bubulles au prix que l’on t’encule. C’est fourrant, je le sais… Mais j’étais pas à ma place avec ma bite de hash. Sur la terre ferme, ferme ta yeule Sur la terre ferme, ferme ta yeule À c’t'heure je vis tranquille. J’ai ma maison en ville. J’ai même une tondeuse pis un weed eater! Une petite vie heureuse… Un chien qui fait des tous dans la cour pis qui jappe après les caves qui passent dans la ruelle, j’ramasse sa marde à pelle. Ça me prend un permis pour stationner devant chez nous même si y’a pas personne pis que c’est vide partout. Du premier avril au premier décembre faut que je change le char de côté deux fois par semaine même s’ils ne prennent pas la peine de passer vraiment le balais… Ils nous prennent pour des épais! Pis peut-être même qu’on l’est ! Mais qu’est-ce tu veux que j’fasse? J’viens de trouver ma place avec ma double face. Sur la terre ferme, ferme ta yeule Sur la terre ferme, ferme ta yeule |
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